TOU BICHVATE – Nouvel An des Arbres 5776

Publié le 22 jan 2016 dans Infos et actus de l'AIOF

TOU BICHVATE 5776

 

*Tou Bichvat  signifie «15 (du mois) de chévat », il est qualifié de Nouvel An des  arbres (Roch Hachana lailanot) qui correspond au moment de la montée de  la sève dans l’arbre, avant le printemps.

*Le  Talmud (traité Roch Hachana) parle de quatre Roch Hachana dans le  calendrier juif. Si le 1er tichri, chaque être humain est jugé au regard  des «fruits» de ses actions, le 15 chevat c’est sa nourriture  originelle, le fruit de l’arbre, qui l’est. Une manière de souligner que  la nature est placée sous le regard du Créateur (béni soit Son Nom).

*Tou  Bichvat rappelle aussi le lien indéfectible de notre communauté avec la  terre d’Israël, lieu de notre épanouissement spirituel et terre des  promesses divines. A cette occasion nous mangeons toutes sortes de  fruits et nous plantons des arbres, en récitant des louanges à  l’Eternel.

Aspect historique

Bien  que Tou Bichvat soit mentionné dans le Talmud, ce jour n’a pris son  véritable caractère festif qu’au XVIe siècle avec les kabbalistes de  Safed. Leur réflexion sur la Création du monde, les amenait à penser aux  différents niveaux d’existants, et en particulier aux différentes  formes de fruits germant sur la terre. Si l’Eternel a créé tant  d’espèces, c’est que fondamentalement la bénédiction, qui se traduit par  la multitude, est inscrite dans la réalité. Cette prise de conscience  d’un monde béni est actualisée, en permanence, par la récitation de  diverses bénédictions ou bérakhot. Finalement, les rabbins auraient pu  composer une seule bénédiction pour toutes les formes de jouissance – «  tout a été créé par Sa Parole, par exemple, mais ils ont préféré  composer des bérakhot différentes pour les gâteaux, les fruits de  l’arbre, les fruits de la terre, le tonnerre, l’arc-en-ciel, les  parfums, etc. afin d’éduquer les fidèles à cette idée que, du D. Un,  découle une multiplicité de formes, de goûts et de couleurs, qui  participent de l’unité cosmique.

Comme  pour le Roch Hachana de tichri, la coutume s’est répandue d’organiser  le 15 chevat un Séder ou « Ordre » de consommation de fruits, accompagné  de la récitation de versets bibliques, de passages du Talmud et du  Zohar liés à cette circonstance. Le séder le plus connu est celui tiré  du livre Péri ‘Ets Hadar, imprimé pour la première fois à Salonique en  1753 qui fut diffusé dans le monde entier. Il fut réimprimé à Pise en  1763, à Amsterdam en1859, à Izmir en 1876, à Livourne en 1885 et à  Bagdad en 1936, là où se trouvaient de grandes communautés juives.

Le seder

On lira tout d’abord les textes suivants en hébreu et en français, si l’entourage ne comprend pas la langue de la Bible :

- Genèse I 9 à 13 : récit de la création des végétaux.
- Lévitique XXVI 3 à 13 : les bénédictions.
- Deutéronome VIII 1 à 10 : L’éloge des sept fruits de la terre d’Israël : blé, orge, raisin, grenade, figue, olive, datte.
- Ezéchiel, chapitres XVII,XXXIV, XXXVI, XLVII.
- Joël II.
- Psaumes 72, 147, 148, 65 et 126

Règle générale : Si l’on mange un fruit pour la première fois cette année on récite :

Baroukh ata ado-naïélo-énou mélekh aolam ché-héh’éyanou vékiyémanou véi-guianou lazémane azé.

Loué sois-Tu Eternel, notre D.Roi de l ‘univers qui nous a fait vivre et atteindre cette époque-ci.

On ne répète pas la bénédiction pour un deuxième fruit nouveau, au même repas.

 

Le BléOn   commence la dégustation d’un gâteau à base de blé. C’est en effet le   blé qui inaugure l’éloge des fruits de la terre d’Israël. «Une terre qui   produit le blé et l’orge…» (Deutéronome VIII, 8)

Le blé, cité 30 fois dans la Bible, est l’aliment de base de l’homme. Avant la consommation, on récite :

BAROUKH ATA ADO-NAÏ ÉLO-ÉNOU MÉLEKH AOLAM

BORÉ MINÉ MÉZONOT

« Loué sois-Tu Eternel, notre D. Roi de l’univers qui crée toutes sortes d’aliments. »

 

L’OliveEnsuite   on prend une olive. L’olivier qui devient très vieux, millénaire   dit-on, symbolise l’ancienneté, et ses feuilles persistantes,   l’opiniâtreté.

De  son fruit, on tire par pression, l’huile d’olive, qui porte la lumière  (de la ménorah du Temple) ou qui sert à la consécration du roi ou du  Grand Prêtre (le Messie, le Mashiah est littéralement l’Oint).

Ses  branches (palmes) servent à réaliser une mitsva (le loulav à Soukot),  ses graines, pourvues d’un albumen oléagineux donnent l’huile de  palmiste. « Le juste fleurit comme le palmier dattier » (Ps. XCII, 13)  est l’une des 12 apparitions de la datte dans la Bible.

Les  rameaux d’olivier entourent la ménorah dans les armoiries de l’Etat  d’Israël (Cf. Zacharie IV). Le fruit vert, confit dans la saumure et  consommé comme olive de table, nous enseigne que l’amer s’adoucit par le  travail et le temps… L’olive est citée 38 fois dans la Bible :  «…tes fils seront comme des plants d’olivier autour dela table»  (Psaumes CXXVIII, 3).

Avant la consommation, on récite :

BAROUKH ATA ADO-NAÏ ÉLO-ÉNOU MÉLEKH AOLAM BORÉ PÉRI AÉTS

«Loué sois-Tu Eternel, notre D. Roi de l’univers qui crée le fruit de l’arbre.»

 

La DatteOn enchaîne avec la datte : symbole de la douceur. Quand la Torah fait référence au miel, il s’agit du sucre de la datte. Ses branches  (palmes) servent à réaliser une mitsva (le loulav à Soukot),  ses  graines, pourvues d’un albumen oléagineux donnent l’huile de  palmiste. «  Le juste fleurit comme le palmier dattier » (Ps. XCII, 13) est l’une  des 12 apparitions de la datte dans la Bible.
Le RaisinEnsuite,   on mange le raisin, si souvent mentionné dans la tradition juive. Le   raisin donne le vin qui occupe une place de choix dans le culte. D’où  l’obligation de ne consommer que du vin ou du jus de raisin kacher,  certifié par le Beth Din de Paris.

Le vin peut à la fois servir pour les  grandes cérémonies (kiddouch, mariage,etc.) mais il peut également  égarer l’homme (l’alcoolisme). Le raisin est mentionné 19 fois dans la  Bible et le vin 141 fois, comme : «Et le vin réjouit le cœur de l’homme.  » (Psaumes CIV:15).

La première coup de VinIci on boit la 1ère coupe de vin blanc, après avoir fait la bénédiction : BAROUKH ATA ADO-NAÏ ÉLO-ÉNOU MÉLEKH AOLAM BORÉ PÉRI AGUEFEN « Loué sois-Tu Eternel, notre D. Roi de l’univers qui crée le fruit de la vigne. »
La FigueSelon le midrach, les feuilles de figue ont servi à couvrir la nudité d’Adam et Eve après leur faute.

On  retrouve des figues, «après que Nabuchodonosor, roi de Babylone eut  exilé de Jérusalem et amené à Babylone Yekhonia roi de Juda … et ceci  dans deux corbeilles qui étaient placées devant le sanctuaire de Dieu.  L’une contenait des figues excellentes et l’autre des figues extrêmement  mauvaises…» (pour la suite, cf. Jérémie XXIV). Même si pour les  botanistes, elle est un « faux fruit », la figue n’en reste pas moins un  végétal très prisé car elle n’a ni coquille, ni pépins, ni noyaux. La  figue devient le fruit par excellence. Elle apparaît 39 fois dans la  Bible. «…Comme les premiers fruits mûrs sur le figuier, j’avais  considéré vos ancêtres…» (Osée IX : 10).

 

La GrenadeEn hébreu, la grenade, évoque l’élévation (Rimon : Ram), mais aussi le prélèvement (Térouma).

Le  prophète Jérémie nous enseigne que cent grenades d’airain se trouvaient  sur les colonnes du Temple de Jérusalem, alors que la Torah nous  apprend qu’elles se trouvaient autour de la bordure de la robe du Grand  Prêtre (36 devant et 36 derrière) comme cela est mentionné dans Exode  XXVIII, 33. Ces grenades grelots annonçaient le passage du Cohen et  permettaient aux gens impurs de s’écarter de lui. La grenade est  mentionnée 32 fois dans la Bible. « Que nous puissions être remplis de  mitsvot comme la grenade» souhaite-t-on le soir de Roch Hachana;  pourquoi pas à Tou Bichvat ?

Le CédratLe   cédrat ou étrog fut, selon un avis rabbinique, le fruit de la   connaissance du bien et du mal. (Selon d’autres, il s’agissait du raisin   ou du blé).

Attention,  en général, on ne fait pas la bénédiction de chéhéh’éyanou sur le  cédrat car on l’a déjà dite à Soukot, en faisant la bénédiction sur le  loulav. L’étrog n’est pas mentionné nominativement dans la Bible, mais  uniquement comme péri etzhadar, « fruit du bel arbre. »

La PommeLa   pomme est mentionnée dans le Cantique des Cantiques. Le «champ de   pommes», le verger des secrets, se trouve abondamment cité dans la   Kabbale.

A  propos du doux parfum qui émane des vêtements de Jacob, venant recevoir  la bénédiction de son père Isaac (Genèse XXVII, 27), le midrach  enseigne que ses vêtements provenaient du paradis, dont les pommes  exhalaient un parfum enivrant (la fameuse pomme d’Adam). La pomme est  mentionnée 6 fois dans la Bible. «L’odeur de tes narines – par où D.  insuffla l’âme à l’homme – est comme celle des pommiers». (Cantique des  Cantiques VII, 9).

La deuxième coupe de VinOn boit ensuite la 2ème coupe de vin blanc mélangé à un peu de vin rouge
La NoixLa noix évoque la boîte crânienne, la coque de la noix protégeant un fruit ressemblant au cerveau (cerneau). La  noix Egoz a pour valeur numérique 17 qui est égale au mot tov, « bon  ».

Composées de quatre parties, les kabbalistes y décèlent les quatre  lettres du nom divin ou Tétragramme, (Zohar II 15 B). Il n’existe qu’une  seule mention de la noix dans la Bible : «Vers le verger des noyers je  suis descendue.» (Cantique des Cantiques VI : 11).

L’AmandeEn   Israël, l’amandier est le premier arbre à fleurir. Réputée pour sa   promptitude, l’amande arrive à maturation (après la chute de la fleur)   en 21 jours.

Cela  n’est pas sans évoquer les trois semaines qui séparent le 17 tamouz du 9  Av (période de deuil). La branche d’amandier fleurie confirma, aux yeux  de tout Israël, l’élection d’Aaron (Nombres XVII, 33) et inaugura la  prophétie de Jérémie (Jérémie I,11). Déjà dans la Torah, les amandes  sont envoyées comme offrande par Jacob au vice-roi d’Egypte (qu’il ne  sait pas être son fils Joseph) afin de«l’amadouer». (Genèse XLIII, 11).

 

Le CaroubeLe   caroubier, à l’opposé de l’amandier, est très long à donner des fruits   (70 ans), il symbolise les efforts des générations précédentes pour  les  suivantes.

«Un  jour, alors que‘Honi marchait sur la route, il vit un homme qui  plantait un caroubier: «Combien d’années faut-il pour qu’un caroubier  porte des fruits ?» lui demanda ‘Honi. «Soixante-dix ans», répondit le  paysan. « Et tu ne te demandes pas si tu vas vivre 70 ans, si tu vas  pouvoir manger de ses fruits ?» L’homme répondit : « Dès ma jeunesse,  j’ai trouvé des caroubiers, car mes ancêtres en ont donc planté pour  moi, de même j’en plante pour mes descendants…» (TB Taanit 23 a).

Le  mot carat, unité de mesure de masse du diamant et de l’or, vient de  caroube, et correspondait au poids d’une graine de caroube (entre 185 et  205 mg, 1 carat = 200 mg).

La PoireOriginaire du Moyen-Orient et du nord de l’Asie centrale, la poire à plus de 4000 ans d’âge. Elle  se consomme deplusieurs façons : crue et cuite sous forme de  compotes,  poires au four, tartes, pâtisseries, confitures. Elle est  aussi  transformée en fruits confits, sirop, alcools.
La troisième coupe de VinOn     boit ensuite la 3ème coupe de vin moitié rouge moitié blanc. A  partir    de là, les fruits mentionnés dans le Péri ‘EtsHadar ne sont  pas    facilement identifiables.

Ils  correspondent sans doute à des fruits des régions où vécurent les  communautés juives. Chacun complétera cette liste en fonction des fruits  du marché, pour accomplir le verset : «de tous les arbres du jardin tu  mangeras».

Certains  mangent 15 sortes de fruits, selon le nombre de cantiques des degrés :  Chir Hamaalot des Psaumes, d’autres en mangent 30 ou plus, chacun  suivant ses coutumes et ses moyens et les disponibilités du marché.

La quatrième coupe de VinOn   terminera avec la 4ème coupe de vin rouge additionnée d’un peu de vin   blanc. Important : vérifier avant de manger chaque fruit qu’il n’est  pas  véreux.

 source : Consistoire de Paris

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