Haskara – 15ème anniversaire – Manitou Z »L

Publié le 21 déc 2011 dans Infos et actus de l'AIOF

15ème Haskara du Rav Yéhouda Léon ASHKENAZI, dit MANITOU Zatsal

(1922-1996)

 Dimanche 6  novembre 2011 – 9 Heshavan 5772

 Synagogue Elie Dray – 218-220 rue du Faubourg Saint Honoré

75008 PARIS

                   

                     

1-     Georges Joseph Benazera, Président de l’AIOF, après un éloge de notre vénéré Maître Manitou Zatsal, annonce la création de l’Association Culturelle des Amis de Manitou – Mayanot France/AIOF. Cette Association a pour objectif de pérenniser l’œuvre du Maître disparu par des manifestations, conférences, colloques ou séminaires en relation avec sa vie et son action pour le renouveau du Judaïsme.

 2-     M. le Rabbin Shélomo Zini souligne avec admiration que Manitou, par sa grandeur d’âme hors du commun, demeurait très proche de son maître, le Rav Tsvi Yéhouda Kook (1891-1982), lequel disait de lui qu’il était encore plus grand que ses maîtres.

« Manitou savait se mettre à la portée de tous, mais tout le monde n’était pas à la portée de ses propos ».

  3-     M. le Professeur KANOVITCH, éminent médecin, ancien Président de l’Association des Amis de Manitou/Mayanot France, membre du CRIF, évoque d’emblée des souvenirs personnels de 50 ans d’amitié sans faille, entre autres sa rencontre avec Manitou dans les années 60, ainsi qu’avec son père Rav David ASHKENAZI Zatsa (1897-1983), ancien Grand Rabbin d’Oran et d’Algérie.

Le Rav Yehouda Léon ASHKENAZI a consacré une grande partie de sa vie au FSJU et au Consistoire de France. Il était un « Mensch », c’est-à-dire en Yiddish, un homme responsable qui sait faire face. C’est en ce sens qu’il affectionnait particulièrement la Paracha « Lekh Lekha », à propos de laquelle, il a d’ailleurs produit deux commentaires « Moadim » et « Sidra ».

Le Professeur nous rappelle une des œuvres de son ami, « Leçons sur la Torah » parue chez Albin Michel, et semée d’annotations de sa propre main.

 4- M. le Professeur Franklin RAUSKY, Professeur des Universités et Maître de Conférence spécialiste de la vie et l’œuvre de Manitou, ouvre son exposé en insistant sur le fait qu’il est impossible, pour quiconque veut parler de Manitou, de dissocier sa pensée de sa vie.

 En 1945, Manitou (son nom de totem adopté aux Eclaireurs Israélites de France), sortant des Forces Françaises Libres, arrive à Paris très concerné par la place des juifs dans la Société Française puisque sa propre Carte d’Identité comporte la mention : « Juif algérien indigène », alors qu’il découvre avec le monde entier les atrocités de la Deuxième Guerre Mondiale.

C’est pourquoi, il prête alors un étrange serment, celui d’épouser une jeune femme juive survivante de la Shoah. Il rencontre ainsi, aux E.I.F celle qui sera son épouse « Bambi » qui lui donnera 5 enfants. Par ce mariage, Léon conjugue ainsi le Judaïsme hérité d’Afrique du Nord – en tant que force émotionnelle – et le Judaïsme du souvenir, venu de l’Est.

Puis il s’efforce de connaître les maîtres Juifs européens, comme par exemple Jacob GORDIN, (1896-1947) grand philosophe d’origine russe, qui lui donnera une idée – clé : l’Historiosophie.

Pour Jacob GORDIN, il y a l’histoire du peuple Juif qui doit être connue certes, mais toujours avec la recherche du sens des évènements historiques. Il faut décrypter l’histoire, et pas seulement la raconter.

 

1°/ Renaissance du Peuple Juif

Manitou prend en 1949 à la suite de Jacob GORDIN,  la direction de l’Ecole des Cadres Gilbert Bloch, à Orsay, qui formera des universitaires dans un cadre fidèle au Judaïsme, certes, mais aussi très ouvert à la réalité des temps modernes. Ces jeunes viennent, en effet, de familles pieuses pour certains, de familles non pratiquantes pour d’autres et il convient de ne pas les décourager par la culpabilisation, la moralisation ou les sermons de l’orthodoxie juive qui souvent les enferme dans un cocon.

A cette époque, Manitou fait appel à des conférenciers de prestige comme Elie MUNK, auteur de « Kol Hatorah », DANIELOU, Henri LEFEVRE, ou Aaron FRANKEL…

 

2°/ Création d’une Pensée Juive

Que faut-il penser du savoir Juif ?

Réalise-t-on seulement que des philosophes juifs dans le passé, citaient les Psaumes en latin ou en grec ?

Au début des années 50 et avec Emmanuel LEVINAS (1906-1995), André NEHER (1913-1988), Eliane LEVY-VALENSI (1919-2006) et André AMAR, Manitou va créer le CUEJ, Centre Universitaire d’Etudes Juives qui marquera le renouveau du savoir Juif en France.

 

D’autre part, les sciences du judaïsme retrouvent leur place dans l’université française.

Licencié en philosophie et diplômé de l’Ecole d’Ethnologie et d’Anthropologie du Musée de l’Homme, Manitou considère qu’il faut rassembler la Bible et le Talmud, l’Hébreu Moderne et le Judaïsme Médiéval, la Philosophie et l’Histoire Juive, le Ladino comme le Yiddish ou le Judéo arabe.

 

3°/ La Terre d’Israël

Elle va être au cœur de la pensée de Manitou alors qu’en arrivant en France, il n’y songeait même pas ! Mais lentement et suite à sa rencontre avec le Rav Zvi Yéhouda Kook, va se cristalliser l’idée que l’histoire juive a un pôle central qui s’appelle Eretz Israël.

Et que l’acteur de la vie juive ne s’appelle plus Yossef mais Yéhouda qui va créer un état juif sur la terre d’Israël. Son idée d’historiosophie revient et s’exprime en trois périodes :

 a) 1ère période : Beit Harichon :

 Egypte, Yéchouah, les Juges, les Rois et, l’aboutissement, la construction du 1er Temple. Alors, le peuple « hébreu » vit sur sa terre, parle sa langue.

b) Puis une 2ème période : L’exil :

Le premier juif appelé « Juif » est Mordé’haï. Esther est  Hadassah en hébreu. C’est l’exil, ce peuple n’a plus de terre, plus d’état. La valeur selon laquelle il vit est sa Torah.

c) 3ème période :Les Hasmonéens :

Dynastie descendant de Shimon, dernier des 5 frères Maccabi.
Les juifs ont alors un Etat  souverain sur sa propre Terre ; hélas cela ne va pas durer.

 

4°/ L’Exil.

Nous sommes issus de l’Exil à l’époque de la construction du 3ème Temple avec des synagogues qui sont le reflet de la Diaspora.

On trouve deux grandes Diasporas historiques. Celle qui se rattache aux chrétiens dominants : c’est la Diaspora d’Edom qui a complètement disparu avec le judaïsme lithuanien, estonien, polonais.

Et celle qui se rattache aux Balkans : c’est la Diaspora d’Ishmaël, grandes communautés du judaïsme qui a aussi disparu : Afghanistan, grandes yeshivot à Kaboul, ou en Lybie où il ne reste que deux juifs.

 

 5°/ Le nouvel Hébreu

 Actuellement, le nouvel Hébreu est en possession de sa terre, de son livre, de son histoire, de son destin… Il y a donc une « mutation identitaire » mais nous ne sommes pas toujours capables d’en comprendre l’ampleur.

Nous ne sommes plus dans la Diaspora du 2ème Temple. Ne nous trompons pas d’époque ! Cela va amener Manitou à fonder l’Institution « Mayanot » fusion des différentes sensibilités juives, fusion des différents degrés de croyance, fusion des différentes cultures.

 Conclusion :
M. le Professeur KANOVITCH revient sur la Paracha Leikh Lekha qu’affectionnait particulièrement Manitou, et notamment au Chap. 14, Verset 13 où des messagers rendent visite à Abraham, qu’on appelle alors, pour la 1ère fois dans le Houmach, l’Hébreu. C’est ce nom d’Hébreu qui deviendra la colonne vertébrale de la pensée de MANITOU. 

   

Propos recueillis par le Docteur Katia LASCAR et Sauveur ATTHAR.

 

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