Chronique de Raphaël DRAI – Professeur des Sciences Politiques

Publié le 19 juil 2012 dans Infos et actus de l'AIOF

DE  TOULOUSE  A  ALGER

Après la rencontre du début de novembre à Toulouse, entre François Hollande et Benjamin Netanyahou, pour les tristes circonstances que l’on sait, l’espoir s’était insinué d’une possible inflexion de la « politique arabe » de la France.

Le discours de François Hollande à Alger, ce 20 décembre, incite à  rester sur  la réserve   aussi bien vis à vis de la communauté juive de France qu’à l’égard d’Israël .Qui ne serait, bien sûr, partisan d’une politique de réconciliation entre la France et l’Algérie ! Encore faut –il trouver les thèmes qui la portent réellement et les mots qui la favorisent.  A Alger, le président de la République a, pour faire court, endossé vis à vis de la guerre d’Algérie la  version de la gauche française des années 60, celle des «  porteurs de valise » comme l’on a qualifié les soutiens et les complices du FLN. Bien sûr le mot de « repentance » n’a pas été prononcé – il y a encore des nationalistes chatouilleux au PS- mais la chose y était, non seulement dans la  version unilatérales et biaisée des massacres abominables de Sétif et d’autres lieux en 1945 mais également sur les événement sanglants de la guerre d ‘ Algérie elle-même et sur l’exode d’un million de personnes, avec la quasi totalité de la population juive dont la présence s’atteste sur cette terre des siècles avant la conquête des armées de l’islam.

Et que penser, en ce discours vantant avec quelque lourdeur la position de la France à l’ONU au profit d’un Etat palestinien, de cet «  oubli » ou cette auto-censure, symptomatique concernant Israël, dont le nom figurait sur la version écrite mais  qui n’a  pas  été prononcé publiquement par le président de la  République ?

Etait –il à ce point sous influence de l’auditoire ? Nul ne sait encore quelles seront les retombées positives réelles de cette visite d’Etat  mais l’on peut douter qu’une véritable réconciliation s’y retrouve. Pour que celle-ci ait la moindre chance de progresser non pas seulement sur les bons de commande et sur les agendas mais dans les esprits et dans les cœurs, deux conditions essentielles sont toujours requises, éclairée par les expérience plutôt réussies dans ce domaine en Afrique australe et en Amérique du Sud .

Après la reconnaissance des méfaits et des échecs du régime colonial  par la France, est indispensable la reconnaissance des méfaits et des échecs de l’aveugle politique de terreur mise en oeuvre dés 1954 par le FLN.  Un  terrorisme tellement impitoyable et haineux ne pouvait qu’aliéner  la quasi totalité de la population européenne aux vues et aux buts des révolutionnaires. De quoi est  –on « coupable » lorsqu’à l’âge de quelques mois l’on se fait éventrer par le coutelas d’un tueur ; lorsqu’à vingt ans l’on est déchiqueté par la bombe que transportait  une tueuse habillée comme votre amie la plus proche ? De quoi étaient « coupables » Raymond Leyris ; le frère de René Samuel Sirat ;  le père du Dr Paul Atlan, le frère du Pr. Marc Zerbib, et de tant et tant d’autres , chrétiens et musulmans , tués par décret , en pleine rue ou en plein marché ?

Il faut que l’Etat algérien le reconnaisse aussi, en équité réconciliatrice. D’autant que le peuple algérien allait, lui aussi, lors de la décennie  90, endurer un terrorisme  endogène, d’une cruauté inouïe  contre laquelle son armée, sa police et ses services secrets ont lutté par des moyens qui n’avaient  rien à envier aux méthodes de Massu ou de Bigeard. Sauf qu’on n’en saura jamais rien. L’autre condition tient au respect scrupuleux du principe de réciprocité. Si la délivrance de visas français pour des ressortissants algériens ne doit pas tourner, comme l’a dit François Hollande, au parcours du combattant et à « l’humiliation » – ah, cette langue de bois !  – du demandeur, les visas délivrés par les autorités algériennes ne doivent être non plus délivrés à la tête du client, pour accointances idéologiques, pour services rendus, ou à rendre, et révocables  de manière discrétionnaire. Si la France est appelée à s’ouvrir plus largement, l’Algérie ne doit pas être en reste. Il doit  devenir vraiment possible d’y pratiquer un autre tourisme que funéraire ou à reculons dans le temps, d’y ouvrir des lieux de culte, d’y pratiquer la religion de son choix. Nombreux sont en Algérie qui l’accepteraient. Après le discours François Hollande, il revient au président algérien, élu en 1999 sur une politique de concorde interne, de faire sa part du chemin. Elle est inéluctable. Toutes les injustices sont imprescriptibles.

Raphaël Draï

 

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