Barbarie, Intolérance et Blasphème

Publié le 14 mai 2015 dans Infos et actus de l'AIOF

SAUVEUR

 Les barbares ont encore frappé ! Ils s’en sont, une nouvelle fois, pris à la vie de ceux qui osent les critiquer et ne se soumettent pas à leur fanatisme. Ces fous de Dieu de la bande criminelle des Fofana, Merad, Coulibally, Kouachi et consorts, ont arbitrairement désigné qui n’avait pas droit à la vie et,  à Tunis, comme à Goeteborg, à Paris, à Bruxelles ou à Toulouse, ont sauvagement tué des êtres humains dont ils ne voulaient pas savoir s’ils avaient une mère, une épouse ou des enfants. Dans leur aveugle soif de domination, s’abritant lâchement derrière le bouclier de la religion, ils ont prétendu imposer leur folie par le sang et la terreur.

 Toutes les larmes du monde ne suffiraient pas pour noyer ce retour à la loi de la jungle et nettoyer le blason dramatiquement souillé de l’Amour du Prochain, amour certes prôné par un Prophète dont ils se targuent indûment d’être les valeureux champions et qu’ils contribuent lourdement à diaboliser par leurs meurtres.

Séchons donc nos mouchoirs, et clamons bien haut notre détermination à  refuser toute intimidation, terreur ou asservissement. Manifestons notre farouche attachement à ce que l’on appelle Liberté !

Et puisque parmi les victimes se trouvent – j’allais dire comme d’habitude – des Juifs, crions bien fort notre dégoût pour l’antisémitisme avec le faible espoir d’être enfin entendus !

Et  puisque parmi les victimes se trouvent des policiers ou des soldats, faisons savoir que nous les aimons bien et respectons ces pères de familles qui font leur devoir en donnant leurs vies pour protéger les nôtres. 

Et enfin puisque parmi les victimes se trouvent des journalistes, proclamons notre exigence à la sacro sainte liberté d’expression !

 « Ma liberté s’arrête où commence celle d’autrui » dit le Philosophe, et si je veux en jouir, je dois accepter que je ne suis pas seul,  et que d’autres individus tout comme moi sont épris de liberté. « Ne fais pas à autrui, ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse ! » est un précepte bien connu d’Emmanuel Kant.

 L’Histoire même de l’Humanité est une perpétuelle saga – hélas trop souvent sanglante – de cette quête, de cette élévation au dessus de l’animalité. L’homme a cessé d’être une brute quand il a appris à dire « non !»  et s’est révolté contre ses instincts qu’il a progressivement jugulés par des règles et des lois. Il s’est dégagé de la glaise grâce à ce don qui lui avait été insufflé en même temps que la vie.

Ce libre arbitre, privilège de  la seule créature humaine, est la faculté de refuser ou d’accepter, et de rester béat et innocent dans le Jardin d’Eden, , ou, a-contrario de pénétrer, dans l’Interdit et croquer au fruit de la connaissance. Aptitude qui implique la reconnaissance de la responsabilité, l’acceptation des conséquences, et tout un ensemble de principes grégaires qu’on appelle Morale ou – pourquoi pas ? – Religion.

Ce sont des digues qui, en démocratie, « sont érigées par le Peuple et pour le Peuple », comme a dit Abraham Lincoln, dans son mémorable discours au Cimetière de Gettysburg.

Ce sont des parapets destinés à  éviter les débordements, les abus de pouvoir ou les tyrannies qui trop souvent ont ensanglanté l’Histoire.

C’est parce que « l’Homme est un loup pour l’Homme » (Stuart Mill)  que  notre Décalogue comporte plus d’interdits négatifs que d’injonctions positives. La liberté d’expression sans limites, le droit au blasphème, réclamé  par ceux qui se prétendent les héritiers de Voltaire, Diderot ou Montesquieu, ce droit de dire ce qu’on pense, n’est pas le droit de ne pas penser ce que l’on dit.

C’est encore moins le droit de dire n’importe quoi dans la vulgarité ou la grossièreté. Certaines caricatures “vengeresses” sont réellement choquantes, brutales et agressives. Irrespectueuses vis-à-vis de ceux qu’elles ridiculisent, mais surtout à l’égard de ceux qui les regardent  et ont, eux aussi, le droit de se sentir agressés – j’allais dire terrorisés – dans leurs croyances, leur échelles de valeurs, leur foi ou leurs pratiques religieuses.

Réclamer la «liberté du blasphème » est tout simplement réclamer le droit à l’intolérance, à l’outrage et la médisance, pechés lourdement condamnés par notre Halakha. Salir Jésus, Moise ou Mahomet par des images d’une bassesse nauséabonde, devant lesquelles il est, de bon ton, pour certains, de s’extasier, ce n’est pas lutter contre les extrémistes ou les ultra-orthodoxes qui s’en réclament et qui décapitent ou mitraillent au nom de leur Dieu ! Mettre Mahomet et les islamistes dans le même panier est aussi erroné et dangereux que de confondre l’Abbé Pierre et Torquemada, Einstein et le Docteur Mengélé.

A l’ère de la diffusion généralisée par la télévision et internet qui ont aboli tout frein à l’intrusion dans les foyers et les esprits, les laideurs de nudistes fiers de ne rien cacher, les séquences pornos à des années lumière de l’amour, les éclaboussures « gore et crash » ne doivent pas violenter impudiquement des yeux fragiles qui découvrent le monde et risquent d’être induits en erreur.
Que  les M’Bala, Soral ou Faurisson, ceux qui se prétendent au dessus de toute restriction sur scène, à l’écran ou dans les kiosques, ceux là-même qui revendiquent qu’ « il est interdit d’interdire » et s’adonnent à un laisser aller sans bornes, cessent de se prendre pour des artistes…Montrer ses fesses, son majeur ou même son sexe n’est pas de l’art, mais seulement du lard !

« Le droit de s’exprimer » n’est pas le droit de cracher au visage d’un Juif, d’un dirigeant politique, ou d’un religieux portant barbe et burnous.
Comme toute satire, la caricature-indignation, exprimée dans l’humour du verbe ou du crayon n’est  messagère que dans la mesure où son irrévérence ne tourne pas à l’irrespect.

« Il n’y a pas de liberté sans le droit de critiquer » disait Beaumarchais. Certes ! c’est ce droit qui a fait la grandeur d’un Jonathan Swift, d’un Shakespeare, d’un Molière, d’un Victor Hugo – et j’en passe – qui ont souvent tout risqué pour oser écrire tout haut ce que d’aucuns pensaient tout bas. Ils se sont exprimés librement, ces artistes « engagés » ces phares de la culture – antithèse de l’obscurantisme. Ils n’ont jamais été vulgaires ou grossiers. Avec une élégance qui n’est pas à la portée de tous, ils imposaient, eux-mêmes, à leur plume, à leur appel à la révolte ou à la révolution une dose de réserve, une censure consentie, tout simplement un « carré blanc ». La liberté d’expression oui !! De tout cœur et jusqu’au bout de notre souffle ! Mais pas dans n’importe quel domaine, et surtout pas avec n’importe quelle formulation.

Tout comme la liberté – vous savez cette liberté chérie pour laquelle tant d’êtres humains ont donné leur vie – cette liberté, qu’Eugène Delacroix a gratifiée d’une poitrine tout aussi généreuse qu’à peine révélée, n’est pas l’anarchie, et encore moins la haine !   

Sauveur ATTHAR
Secrétaire Général

 

 

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